Histoire
23 décembre 2025
Quand les silences parlent
"Izay manabe lehilahy, mitaiza olona iray, izay mampianatra vehivavy, manabe vahoaka alin-kisa.” “Enseignez à un homme, vous éduquerez une personne. Enseignez à une femme, vous éduquerez une communauté. – Proverbe malgache Briser le silence. C’est ce que ce rapport propose. Il donne à entendre les voix longtemps tues, ignorées ou marginalisées. Celles des femmes, dans toute leur diversité, qui sont encore trop souvent reléguées au second plan. Ces voix portent des récits de discriminations, d’injustices, de violences, mais aussi de résilience, de courage et d’espoir. Elles nous interpellent, nous enseignent, et nous invitent à repenser notre manière de construire la paix. Intitulé “Quand les silences parlent”, ce rapport présente une analyse des conflits sensible au genre à Madagascar, menée par les Nations Unies à travers le Fonds pour la Consolidation de la Paix (PBF), en collaboration avec la Conseillère Paix et Développement. Il explore les impacts différenciés des conflits, de l’insécurité, des tensions environnementales et des violences basées sur le genre, en tenant compte du genre, de l’âge et des conditions socioéconomiques. Il en ressort une évidence : les femmes vivent les conflits, les tensions ou le manque de cohésion sociale différemment, et les réponses à ces problématiques devraient prendre en considération leur expérience spécifique. Les données sont parlantes. Les femmes représentent plus de la moitié de la population malgache, mais ne représentent que 16 % de l’Assemblée nationale... et assument 65 % des tâches domestiques au sein des foyers. De l’éducation des enfants au soin des personnes âgées, en passant par l’agriculture, le commerce, la collecte de l’eau et la gestion du foyer, elles sont les piliers invisibles de la cohésion sociale. Ne pas reconnaître leur rôle, c’est nier l’évidence.Dans un contexte de fragilité structurelle et politique, où la paix, la stabilité et le développement humain restent des idéaux à concrétiser, cette analyse propose une lecture renouvelée des conflits à Madagascar. Elle est nourrie de consultations locales menées dans cinq régions aux réalités diverses mais convergentes, et apporte un éclairage important pour alimenter des réponses programmatiques, en ligne avec les recommandations du Plan d’action national Femmes, Paix et Sécurité pour la mise en œuvre de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies.Aujourd’hui, 41 % du portefeuille de consolidation de la paix à Madagascar est dédié à l’égalité de genre et à l’autonomisation des femmes. La relation entre genre, paix et prévention des conflits est au cœur de l’approche visant à dépasser la simple absence de violence — la « paix négative » — pour viser une « paix positive », fondée sur la justice sociale, la sécurité humaine, l’inclusion et l’autonomisation des femmes.Les jeunes femmes représentent l’un des groupes les plus marginalisés sur le plan socioculturel dans la société malgache. Elles sont confrontées à des dynamiques croisées générationnelles et de genre qui entravent leur engagement actif et leur contribution à la société. Pourtant, les manifestations populaires menées par la génération Z entre septembre et octobre 2025 ont marqué un tournant décisif. Cette génération a profondément redéfini les dynamiques politiques et sociales du pays, et les jeunes femmes de la génération Z y ont joué un rôle central.A l’échelle nationale, cette jeunesse hyperconnectée s’est affranchie des structures partisanes traditionnelles pour imposer une nouvelle forme d’engagement civique : horizontale, inclusive et décentralisée. Leur action a dépassé le cadre de la protestation pour révéler une crise de légitimité du système politique, tout en mettant en lumière les fractures générationnelles, territoriales et culturelles.Les jeunes femmes ont pris leur place : sur les réseaux sociaux, dans les rues et en tant que porte-paroles du mouvement, elles ont révélé leur volonté de transformer également les relations de genre et de pouvoir qui continuent de façonner la société malgache.Dans une société historiquement fondée sur le respect des ray amandreny (les aînés), cette analyse invite à réfléchir : comment soutenir durablement l’émergence d’une jeunesse — et en particulier celle des jeunes femmes — qui refuse de se soumettre aux figures d’autorité traditionnelles, marquant ainsi une rupture profonde dans les relations sociales et les modes de légitimation du pouvoir ? Les jeunes femmes et les jeunes hommes, longtemps cantonnés au rôle de zandry (cadets), ne veulent plus rester silencieux face aux anciens, aux autorités et aux politiciens qui confisquent leurs voix, leurs droits et leur accès aux opportunités économiques et à la richesse du pays.Ces mobilisations rappellent l’urgence de ne laisser personne de côté. Travaillons avec les jeunes filles, les femmes, les personnes handicapées et toutes les franges de la société trop longtemps marginalisées pour bâtir une paix inclusive, équitable et durable à Madagascar.Comme l’ont si bien résumé les jeunes chercheur·es impliqué·es dans cette analyse : Portons la voix des sans-voix, celle des opprimés et des oubliés de la société. Anthony NGORORANO Coordonnateur Résident du Système des Nations Unies à Madagascar Télécharger le rapport ici Télécharger le flyer en recto ici et le verso ici