Histoire
14 avril 2026
Madagascar : Production locale et alimentation scolaire, un modèle communautaire qui nourrit l’avenir des élèves
À Ambatolily, dans le Sud de la Grande île, l’école est un moteur communautaire : les cantines servent des repas issus des récoltes locales, nourrissent les élèves tout en soutenant les agriculteurs et l’économie du village. Ausud de Madagascar, à près de 1 000 kilomètres d’Antananarivo, le village d’Ambatolily abrite environ 400 habitants. C’est dans ce paysage marqué par une sécheresse persistante que vit Norbert Raoul, agriculteur de 52 ans. Père de quatre enfants, il a construit sa vie sur une terre dure et craquelée, où se dresse sa modeste maison en bois, entourée de haies de cactus qui résistent au manque d’eau.Chaque jour, à quelques pas de sa concession, Norbert travaille sa parcelle sous un soleil implacable. Il y cultive du riz, des haricots, des patates douces et du manioc, s’efforçant de nourrir sa famille malgré les conditions difficiles. Figure respectée de sa communauté, il est aussi le président de l’organisation paysanne Tafitasoa — un nom porteur d’espoir, qui signifie « avoir réussi » en malgache.« Avec la sécheresse, il est de plus en plus difficile de nourrir nos familles. Chaque récolte est le fruit d’une lutte quotidienne », témoigne Norbert.Dans cette région de Madagascar durement affectées par les effets prolongés de la sécheresse, près de 1,8 million de personnes peinent aujourd’hui à se nourrir. Pourtant, au cœur du village, l’école primaire offre un point d’ancrage essentiel. Elle bénéficie d’un programme d’alimentation scolaire fondé sur les achats locaux, une initiative qui permet non seulement d’améliorer la nutrition des enfants, mais aussi de renforcer la sécurité alimentaire de l’ensemble de la communauté.Dans cette même dynamique, le Gouvernement de Madagascar, à travers le Projet de résilience des systèmes alimentaires (FSRP) et en partenariat avec le Programme alimentaire mondial (PAM), soutient activement les organisations paysannes de base. Des formations, mises en œuvre par les services techniques déconcentrés, renforcent les capacités des petits producteurs et leur ouvrent l’accès à de nouveaux débouchés commerciaux.En 2025, 7 400 agriculteurs, répartis sur l’ensemble de la Grande Île, ont ainsi été formés à des pratiques agricoles adaptées aux chocs climatiques et intégrés au programme d’alimentation scolaire fondé sur les achats locaux. Grâce à ces formations et à la mise à disposition d’équipements agricoles, ils ont renforcé leurs compétences en gestion durable de l’eau, en préservation des sols et en diversification des cultures, leur permettant de produire de manière résiliente et d’assurer une meilleure disponibilité des denrées agricoles.Norbert fait partie de ces agriculteurs accompagnés. Grâce au programme, il peut désormais saisir de nouvelles opportunités de marché. À Ambatolily, lors de la récolte des haricots, les champs s’animent : Norbert et d’autres producteurs arrachent les gousses arrivées à maturité. Derrière ces gestes partagés se dessine une ambition commune : approvisionner les cantines scolaires et nourrir les générations futures. « Grâce à la vente de mes surplus de récolte, je sais que je peux compter sur des revenus supplémentaires pour assurer la scolarité de mes enfants » Près de 400 000 écoliers à Madagascar bénéficient chaque jour de programmes d’alimentation scolaire. Parmi eux, 242 000 reçoivent des repas préparés à partir de productions locales : des denrées sèches — principalement le riz et les haricots — fournies par des organisations paysannes issues de différentes régions du pays, ainsi que des produits frais — légumes, tubercules et fruits — provenant de structures plus petites situées à proximité des écoles. Depuis 2024, les 86 membres de l’organisation paysanne Tafitasoa écrivent une nouvelle page de leur histoire. Avec l’appui du PAM et de ses partenaires, ils ont reçu des équipements agricoles et ont suivi des formations en contractualisation, en commercialisation et en gestion financière collective, des compétences clés qui leur permettent aujourd’hui de mieux structurer et valoriser leur production.Une fois récoltées, les denrées sont collectées directement par le PAM auprès de l’organisation paysanne, puis acheminées vers son entrepôt de Tuléar. Elles sont ensuite stockées avant d’être livrées aux écoles, où elles contribuent chaque jour à nourrir les enfants. En l’espace de deux ans, Tafitasoa a ainsi fourni 700 tonnes de riz et 500 tonnes de niébé, reliant le travail des champs aux repas servis dans les cantines scolaires.Pour Norbert, cette dynamique a tout changé. « Grâce à la vente de mes surplus de récolte, je sais que je peux compter sur des revenus supplémentaires pour assurer la scolarité de mes enfants », confie-t-il. Une sécurité nouvelle, née du fruit de son travail et d’un partenariat qui donne aux agriculteurs les moyens de bâtir leur avenir.Au cœur des cantines : les cuisinièresL’engagement de la communauté se prolonge jusque dans la cuisine de la cantine scolaire, où des femmes dévouées comme Berthe Françoise s’activent chaque jour pour préparer les repas.Mère de cinq enfants et mariée, Berthe jongle entre ses responsabilités familiales et son rôle de cuisinière au service des élèves. Les jours où elle est de service, sa journée commence bien avant l’aube. « Je me lève à cinq heures du matin pour préparer les ingrédients nécessaires », explique-t-elle, vêtue de son tablier bleu.À travers son travail, Berthe observe également les effets directs du programme sur les enfants, à commencer par sa propre fille. « Le matin, elle est toujours pressée d’aller à l’école », raconte-t-elle avec émotion. « À la cantine, je vois sa joie lorsqu’elle reçoit son assiette de riz aux haricots. » L’impact du programme se mesure également à travers les performances scolaires des 647 écoliers d’Ambatolily. Le taux de réussite à l’examen de fin du cycle primaire est ainsi passé de 66 % en 2024 à 87 % en 2025, traduisant une amélioration significative des résultats.Au cœur de ce dispositif, les cuisinières jouent un rôle essentiel. Engagées à titre bénévole, elles préparent chaque jour des repas conformes aux menus du catalogue élaboré conjointement par l’Office national de nutrition, le ministère de l’Éducation nationale et le PAM. Elles ont également bénéficié de formations sur la gestion des cantines scolaires, l’éducation nutritionnelle ainsi que les bonnes pratiques d’hygiène et de propreté.« Autrefois, certains parents n’avaient d’autre choix que de retirer leurs enfants de l’école pour les aider à trouver de quoi manger », témoigne Berthe. « Mais grâce à la cantine, les enfants viennent plus régulièrement à l’école et abandonnent moins souvent », explique Berthe.En garantissant aux élèves des repas équilibrés tout en créant des débouchés pour les producteurs locaux, le modèle des achats locaux génère un impact double et durable. Il constitue une réponse concrète aux crises alimentaires récurrentes et s’affirme comme un investissement stratégique du Gouvernement de Madagascar en faveur de l’avenir et de l’éducation des enfants du pays. « Avec cet engagement collectif, nous aurons plus de force pour nourrir nos enfants et leur offrir un avenir meilleur », conclut Norbert.Le programme d’alimentation scolaire à Madagascar est financé par l’Allemagne (BMZ), l’Arabie saoudite, la France, le Gouvernement de Madagascar, la Norvège et la République de Corée.