Au sud de Madagascar, des recettes locales pour vaincre la malnutrition infantile
Dans le sud de Madagascar, les sites communautaires soutenus par le PAM
Dans le sud de Madagascar, les sites communautaires soutenus par le PAM combattent la malnutrition aiguë modérée en aidant les mères à mieux nourrir leurs enfants grâce à des recettes locales nutritives. Un engagement collectif qui renforce durablement la résilience nutritionnelle.

Dans les foyers d’apprentissage, de réhabilitation nutritionnelle et d’éveil (FARNE), les enfants savourent leur repas nutritif préparé par leurs mères. PAM/Jerry Andrianaivoarivony
Fort-Dauphin, à une heure de vol de la capitale, est la capitale de la région d’Anosy, dans le Grand Sud de Madagascar. Beraketa Ifotaka est un village isolé de cette région de la Grande Île rouge, situé à deux heures de route de Fort-Dauphin et comptant plus de mille habitants.
C’est dans ce hameau isolé qu’habite Hanta, une femme d’une trentaine d’années. Mamelasoa, son mari, gagne sa vie en fabriquant du charbon. Et le couple a sept enfants, dont Julio, âgé de quatre ans, est le dernier-né. Comme beaucoup d’enfants de cette région touchée par la sécheresse, il grandit dans un contexte à haut risque de malnutrition.
Hanta exploite un hectare de terre dans son village. Sur cette parcelle, elle cultive du manioc, du maïs et des haricots. Mais les effets des changements climatiques n’ont pas épargné son activité, qui pourtant lui procurait de la fierté, tant dans son ménage que dans la communauté. Cette année, les pluies sont en effet devenues de plus en plus rares. Le seul point d’eau principal, un affluent du fleuve Mandrare, est à sec et ne fournit plus la quantité d’eau nécessaire pour alimenter son verger.

À Beraketa, dans le sud de Madagascar, Hanta fait partie des mères accompagnées par l’initiative communautaire de prise en charge de la malnutrition FARNE. Photo : PAM/Volana Rarivoson
Les sécheresses répétées détruisent les récoltes, réduisant l’accès à la nourriture et affectant directement la nutrition des enfants. Hanta avait déjà remarqué les premiers signes de malnutrition chez Julio : il perdait du poids, devenait irritable et son ventre gonflait.
« Mon fils paraissait plus petit que les autres garçons de son âge. Je n’avais pas les moyens de lui offrir une alimentation variée. Nos récoltes ont diminué et nous avions moins de nourriture à la maison », explique Hanta.
Dans un tel contexte, les habitudes alimentaires des foyers se sont profondément transformées.
« Le manioc a longtemps constitué l’essentiel de notre alimentation, accompagné d’une modeste portion de brèdes. Toutefois, son prix ayant considérablement augmenté, nous ne pouvons plus nous en procurer. Désormais, nous ne consommons plus que les brèdes, qui sont devenues notre principale source de repas », témoigne-t‑elle.

Hanta prépare des brèdes pour le déjeuner familial. Ce qui devait être un accompagnement est désormais devenu le plat principal, car c’est moins cher. Photo : PAM/Volana Rarivoson
Les dernières pluies remontent au début de l’année 2025, lors du passage des cyclones Honde et Jude. Depuis, la sécheresse s’est réinstallée et perdure. Quelques plants de maïs ont réussi à pousser malgré le manque d’eau, mais à peine sortis de terre, ils ont été dévorés par les criquets. Hanta et sa famille ont alors dû se tourner vers des aliments de substitution, comme les fruits du cactus rouge ou des tubercules récoltés en forêt.
En juin dernier, les agents communautaires ont mené une vaste campagne de dépistage de la malnutrition sur les sites communautaires.

Au centre FARNE, Hanta a appris à prendre soin de son plus jeune fils, Julio, et à favoriser sa croissance. Photo : PAM/Volana Rarivoson
Après le test, il a été confirmé que Julio était malnutri. La mesure de son bras a révélé un état de malnutrition aiguë modérée.
« Le résultat des tests a confirmé mes craintes : mon fils n’avait plus les capacités de grandir correctement », poursuit-elle.
Dans cette région du pays, les mauvaises récoltes s’enchaînent, privant les enfants et les femmes d’un accès régulier à une alimentation nutritive. Les maladies courantes, telles que le paludisme ou la diarrhée, affaiblissent les plus jeunes, déjà fragilisés par le manque de nourriture. Et lorsque la fièvre ou la déshydratation les frappent, l’accès limité aux services de santé complique tout traitement. Pendant ce temps, les conditions climatiques extrêmes ravagent les cultures et épuisent les réserves alimentaires des ménages.
La malnutrition aiguë globale touche aujourd’hui plus d’un demi-million d’enfants de moins de cinq ans dans le Grand Sud et le sud-est de Madagascar. La situation nutritionnelle a tendance à se détériorer durant la période de soudure, une phase critique où les réserves de la dernière récolte s’épuisent, alors que les prochaines productions agricoles ne sont attendues qu’en avril.
La pénurie alimentaire aggrave la situation. Au moins 1,7 million de personnes dans le sud et le sud-est du pays sont confrontées à des difficultés d’accès à une alimentation saine et nutritive.
L’espoir renaît avec les foyers d’apprentissage et de réhabilitation nutritionnelle et d’éveil, appelés localement les sites FARNE.

Les sites communautaires de traitement de la malnutrition dans le sud de Madagascar, appelés « sites FARNE », sont des espaces sûrs où les enfants reçoivent un repas chaud et nutritif par jour, tout en participant à des activités favorisant leur développement. PAM/Jerry Andrianaivoarivony
Depuis 2024, le Programme alimentaire mondial (PAM), en collaboration avec l’Office national de nutrition et l’organisation non gouvernementale Young Progress, gère ces sites communautaires de traitement de la malnutrition aiguë modérée chez les enfants de 6 à 59 mois.
Les enfants y reçoivent une supplémentation nutritionnelle à base de produits locaux, ainsi qu’une sensibilisation aux bonnes pratiques nutritionnelles familiales dispensée par des agents communautaires à destination des mères d’enfants malnutris. Ils ont également accès aux services de soins préventifs, ainsi qu’à la supplémentation en vitamine A et en fer. Les mères sont pleinement impliquées dans toutes ces activités.
En juillet, Julio a été admis au centre de Beraketa Ifotaka pour suivre un traitement de 18 jours comprenant des compléments nutritionnels adaptés et des activités d’éveil destinées à favoriser son développement.
Les mamans aux recettes culinaires qui sauvent des vies
Les « mères lumières », des femmes reconnues par la communauté pour la bonne santé de leurs enfants, sont au cœur du dispositif. Elles sont devenues des modèles pour les mères d’enfants malnutris. Chaque jour, elles leur apprennent à cuisiner des plats nutritifs à partir du livre de recettes élaboré par le PAM.
« Les mères lumières préparent une bouillie à base de farine enrichie de céréales (maïs), de tubercules (manioc), de légumineuses (niébé) et d’oléagineux (poudre d’arachide). Des fruits, du lait, de l’huile, du sucre ou du sel iodé peuvent être ajoutés à ces mélanges pour rehausser le goût », explique Vola Rahelisoa, agent communautaire à Beraketa Ifotaka. Elle est chargée, au niveau communautaire, d’identifier les enfants vulnérables à la malnutrition et de les aider à accéder aux soins jusqu’à leur guérison. Elle soutient les mères dans cette démarche.


Une ‘Maman lumière prépare un mélange nutritif à base de manioc, de niébé, d’arachides et de maïs destiné aux enfants du site FARNE. Le manioc, le niébé, les arachides et le maïs sont prêts à être moulus pour préparer ce mélange. Photos : PAM/Volana Rarivoson
Deux semaines après le début du traitement, Hanta constate une nette amélioration de l’état de santé de son fils. « Julio a retrouvé de l’énergie. Il joue et il sourit à nouveau », raconte-t-elle. « À la dernière pesée, en juillet, il avait repris du poids, signe de son rétablissement », confirme Vola.
« Aujourd’hui, Julio n’est plus ce petit garçon fragile que j’avais porté jusqu’au site FARNE. Il est joyeux et court dans la cour du village. Il réclame son repas et le partage avec ses camarades », témoigne Hanta.
Les mères sont sensibilisées aux bonnes pratiques nutritionnelles. Hanta a notamment appris l’importance de diversifier les repas avec des produits locaux et de pratiquer l’allaitement maternel exclusif jusqu’à l’âge de six mois.
Elle met en pratique ces conseils dans ses recettes de manioc aux haricots, de patate douce ou de citrouille préparée avec de l’arachide ou du niébé, ou encore de vary amin’anana, ce riz aux brèdes parfumé à la chevaquine, très apprécié dans tout le pays, et qu’elle relève avec les condiments de son jardin potager. Grâce aux récoltes de tomates, d’oignons ou de légumes de son jardin potager, elle continue de préparer et de partager des plats nutritifs avec sa famille et d’autres femmes.
Ces sites communautaires contribuent ainsi à lutter contre la malnutrition infantile tout en renforçant l’autonomie des mères.
« Avant le lancement du projet, la situation nutritionnelle des enfants de notre communauté était alarmante. La sécheresse avait réduit les récoltes et les familles n’avaient plus les moyens de leur offrir une alimentation variée.
Aujourd’hui, les plus jeunes bénéficient d’une supplémentation qui leur redonne des forces, tandis que les mères sont accompagnées pour apprendre à mieux les nourrir », soutient Tahisoa, chef du village de Beraketa.
En 2025, 1 900 enfants âgés de 6 à 59 mois ont été soignés dans ces centres communautaires, en utilisant des ressources locales. L’objectif est un retrait progressif du PAM, afin de passer la main aux Offices régionaux de nutrition, qui assureront la coordination et la continuité de l’initiative.
« L’implication des structures nationales, telles que les ORN, est essentielle pour assurer la pérennité d’initiatives comme le FARNE. Il est toutefois important de maintenir les mesures d’accompagnement, la plus importante étant l’installation de points d’eau », souligne André Boguard Andriananarina, employé chargé du suivi à l’Office régional de nutrition de la région d’Anosy.
Ce programme illustre la complémentarité des agences de l’ONU dans le cadre de leurs opérations. Le PAM et l’UNICEF soutiennent les communautés grâce à la contribution financière du ministère allemand de la Coopération économique et du Développement à travers la banque de développement allemande (KfW).

Sous la supervision de Vola, l’agent communautaire en nutrition, Hanta et d’autres participantes à l’initiative FARNE entretiennent le potager qui approvisionne le centre de récupération nutritionnelle de Beraketa. Photo : PAM/Volana Rarivoson